Coup de tonnerre dans le monde de la communication. France Telecom vient de dévoiler une stratégie audacieuse vis à vis d'Internet. Jouant son rôle d'opérateur public, France Telecom rend les conditions d'accès à Internet identiques pour tous. Le milieu hôtelier et touristique dans son ensemble devrait pouvoir en tirer un grand parti.
C'est l'hôtelier provincial qui va être satisfait ! Sauf à habiter dans une grande ville de province, se connecter à Internet coûtait jusqu'à présent une fortune : le prix d'une communication téléphonique longue distance pendant toute la durée de la liaison. En mars 1996, cette situation va changer. Grâce à France Telecom. Lire son courrier électronique ou «surfer sur le Web» coûtera le même prix, que l'on soit à Paris ou dans une petite bourgade de la France profonde : le prix d'une communication locale.
Prenons un exemple : celui d'un hôtelier affilié à une chaîne volontaire. En passant un accord avec un fournisseur d'accès à Internet, la chaîne publie sur le Web une brochure électronique de l'établissement. Cette brochure est accessible par tous les prospects «cybernautes» du monde entier (les Relais et Châteaux ont été les pionniers de ce mode de promotion).
Grâce au Web et à sa fonction intégrée de courrier électronique, l'hôtelier va pouvoir correspondre avec ses futurs clients. Pour être efficace et assurer un service de qualité, il va devoir relever sa boîte aux lettres électronique au moins une fois par jour. Pour l'hôtelier provincial isolé, cette opération est très onéreuse car il doit téléphoner à l'endroit où se situe le fournisseur d'accès de la chaîne, le plus souvent à Paris. Résultat : il ne le fait pas, et les requêtes des clients restent sans réponse. Même si des solutions de rechange existent (transfert automatique du message à la chaîne qui imprime le message et l'envoie ensuite par télécopie à l'hôtelier), ces succédanés sont antiéconomiques et occultent l'une des caractéristiques essentielles d'Internet : permettre à un hôtelier d'avoir un contact personnel, sans intermédiaire, avec son client.
La nouvelle stratégie de France Telecom abolit cette discrimination Paris-Province. Elle introduit trois paliers tarifaires d'accès à Internet suivant la politique que le fournisseur d'accès voudra mener et la qualité de service qu'il voudra offrir. Un peu comme aujourd'hui, se connecter aux services Minitel par le 3613, 3614 ou 3615 induit des coûts différents. Les coûts futurs de connexion à Internet s'échelonneront de 8 à 25 centimes la minute (suivant la tranche horaire) avec le 36 01 13 13, à 22 FRF l'heure environ avec le 36 01 14 14 et à 78 FRF l'heure avec le 36 01 15 15. Abordable ! Ces nouvaux tarifs entreront en vigueur le 15 mars.
L'opérateur France Telecom a annoncé également qu'il allait être fournisseur d'accès lui même, non pas tant pour concurrencer les fournisseurs d'accès actuels (de taille moyenne ou modeste) mais pour être présent sur un marché où il prévoit à terme une forte concurrence étrangère.
Après Microsoft, ATT et bien d'autres, l'opérateur national a donc enfourché lui aussi, et de manière brillante, le "cheval" Internet. Et sans doute au bon moment, lorsque le marché explose. Avec cette nouvelle stratégie le handicap de l'accès à Internet va sauter. Toutes les énergies pourront se concentrer désormais sur le contenu à publier sur le réseau. La France va sans doute devenir l'un des pays européens comptant le plus grand nombre de personnes se connectant à Internet, comblant ainsi son retard. Dans la foulée, le développement du commerce électronique sur Internet en France devrait s'accélérer. A notre profession d'en profiter.
Jacques Bessières
Connectica
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